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METTRE FIN A L’ACCAPAREMENT DES TERRES

CONFERENCE DE PRESSE DE LA COALITION IVOIRIENNE DE BIOVIGILANCE, CIBIOV, MEMBRE DE LA COALITION POUR LA PROTECTION DU PATRIMOINE GENETIQUE AFRICAIN Date : Mercredi 5 Mai à INADES-FORMATION, Cocody

METTRE FIN A L’ACCAPAREMENT DES TERRES

Plusieurs articles de presse et de chroniques de radios se font l’écho, depuis plusieurs mois d’un phénomène nouveau qui, si l’on y prend garde, aura des conséquences désastreuses, non seulement pour les économies des pays du Sud mais sera aussi, source de graves tensions sociales. Il s’agit de l’Accaparement des Terres.

Ce phénomène se traduit par l’achat ou la location à très long terme (de 30 à 99 ans) de grandes superficies de terres agricoles par des Etats étrangers, des multinationales et parfois des opérateurs économiques privés nationaux. En effet, l’agriculture est devenue un enjeu stratégique depuis la crise alimentaire, la flambée du prix du pétrole et la crise boursière et financière.

Nous en avons la preuve au travers d’un article du journal catholique français Lacroix, en date du 10 Mars 2009 qui, s’appuyant sur un récent rapport des Nations Unies, présenté par M. Olivier de Schutter, rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, relève que les investisseurs privés ont acquis près de 20 millions d’hectares de terres arables dans les pays en développement.

Ainsi, des moyens financiers importants ont été mobilisés en vue de la réforme des lois foncières et dans l’établissement des plans fonciers ruraux. L’ensemble de ces cadres règlementaires vise à ouvrir la voie de façon légale à la vente massive des terres agricoles voire à justifier à postériori des ventes déjà effectuées. Ces réformes ont été suscitées et financées par la Banque Mondiale. A titre d’illustrations :

  • A Madagascar, l’Etat à concédé plus d’un million trois cent mille hectares à la société DAEWOO, pour produire du maïs et du palmier à huile pour le marché Coréen ?
  • Au Mali, plus de trois cent mille hectares ont été concédés aux industries agro-alimentaires et à des pays tiers comme la Libye qui a, elle seule, obtenu 100.000 ha dans la zone de l’Office du Niger, pour produire du riz et plus tard des tomates et faire de l’élevage. Les aménagements nécessaires à l’opération ont entraîné l’expulsion des communautés, la destruction des maisons etc.
  • Au Sénégal, au Bénin, au Nigéria, au Ghana, plusieurs centaines de milliers d’hectares sont vendus, soit pour la production d’agro carburants, soit pour la production vivrière afin de compenser les déficits alimentaires dans certains Etats nantis.
  • Au Kénya, le Président a annoncé l’octroi au Qatar, de 40.000ha dans le delta d’un fleuve pour la production de fleurs. Il faut savoir que cette zone est très riche en ressources halieutiques. Elle fait vivre plus de 150.000 paysans, pasteurs et pêcheurs.

Selon des chiffres de 2009, extraits des données du PAM, de la FAO et d’articles de presse et diffusés par l’ONG Grain, les chiffres officiels des populations en état d’insécurité alimentaire sont de 46% en Ethiopie, de 44% en Tanzanie, de 29% au Mali et de 20% au Sénégal, pour citer que ces pays.

Savez-vous qu’il faut environ 232 kg de maïs pour produire 50 litres d’éthanol nécessaires pour faire le plein d’un véhicule moyen. Cette quantité de maïs est suffisante pour apporter les calories nécessaires à l’alimentation d’un enfant pendant un an.

Cette stratégie de privatisation des terres soutenue par la Banque mondiale et qui vient de faire l’objet d’une conférence de deux jours à Washington avec le soutien de la FAO, la CNUCED et le FIDA, ne vise ni plus ni moins qu’à exproprier des petits producteurs et de signer la fin de l’exploitation agricole familiale, clé de voute de la production agricole dans nos pays, au profit de l’agro business et de l’agro industrie multinationale. Ces exploitations agricoles familiales ne sont pas de simples unités d’exploitation, mais elles sont aussi et surtout un mode de vie. C’est du reste, grâce à elles, que nous avons pu résister à la récente crise des denrées alimentaires.

En choisissant de faire la promotion de l’agro business, en qualifiant ces acquisitions foncières « d’investissements agricoles » la Banque mondiale s’engage dans la voie d’une agriculture monoculturale, source de destruction massive de l’écosystème. Cette forme d’agriculture est de plus en plus remise en cause dans plusieurs pays occidentaux en raison de son impact négatif dans les changements climatiques. Il est temps, grand temps que nos voix s’élèvent pour dire non au pillage de nos terres et de nos ressources, avec parfois la bienveillante complicité de certains décideurs politiques.

A la perte de nos terres, s’ajoutent la transformation de notre agriculture par l’introduction des Organismes génétiquement modifiés, la perte de contrôle de nos ressources induisant la perte de notre souveraineté alimentaire.

C’est pourquoi, nous membres de la Coalition pour la Protection du Patrimoine Génétique Africain, COPAGEN et nos alliés,

  • Condamnons la stratégie élaborée par Banque Mondiale et les conclusions de l’étude sur les « investissements agricoles » nouvelle forme de la privatisation de nos terres agricoles et qui menace notre souveraineté alimentaire.
  • Mettons en garde nos autorités politiques et traditionnelles qui se rendent complices des actes de cession et de vente de terres qui engendreront à terme des crises sociales et les conflits sociaux graves. Exigeons :
  • Plus de transparence sur les transactions foncières initiées par nos Etats dans le respect des Droits des Communautés ;
  • La remise en cause des cessions et des ventes de terres aux Etats et entreprises étrangères pour une sécurisation foncière des exploitations agricoles familiales ;
  • Un débat public sur cette question avec l’ensemble des composantes de nos populations ;

Je vous remercie.

Président de la CIBIOV

Théodore N’DRI

Liste des pays africains qui sont soit des cibles du processus en cours soit ont déjà franchi le pas en cédant leurs terres : Afrique du Sud, Algérie, Angola, Bénin, Bostwana, Cameroun, RDC et Congo Brazza, Egypte, Ethiopie, Guinée, Kénya, Libéria, Madagascar, Malawi, Mali, Maroc, Mauritanie, Mozambique, Nigéria, Ouganda, Sénégal, Sierra Leone, Soudan, Swaziland, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe.