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Dialogue autour du "développement au service bien commun mondial": le Dr Stoll nous explique le concept

Du 19 au 22 mai 2015, s’est tenu à Abidjan en Côte d’Ivoire, un dialogue interculturel pour l’Afrique Francophone sur le thème « Le développement au service du bien commun mondial ». Cet atelier organisé par Misereor et ses partenaires a vu la participation d’une vingtaine d’organisations de la société civile et autorités traditionnelle de l’Afrique francophone dont Inades-Formation. Le Dr stoll, l’un des facilitateurs de l’atelier nous en dit davantage sur ce concept.

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Dr Georg Stoll, Misereor


Inades-Formation  : Pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs s’il vous plait ?
Dr Stoll : Je travaille à Misereor en Allemagne, où je m’occupe des politiques de développement. Misereor est une organisation qui depuis plus de 50 ans travaille dans la coopération au développement avec des partenaires en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Nous essayons de faire des plaidoyers auprès des autorités en Allemagne, en Europe et dans les institutions internationales sur les questions qui traversent les régions comme l’endettement, le commerce, la globalisation, puisque les décisions des uns, par ex en Europe, influent très fortement sur la situation des populations qui vivent dans d’autres parties du monde.


Inades-Formation : Vous venez de faciliter un dialogue interculturel pour l’Afrique francophone sur le thème du « développement au service du bien commun mondial ». Que recouvre ce nouveau concept ?


Dr Stoll  : Ce dialogue s’intègre dans une série de dialogues qui ont été réalisés en Asie, en Amérique latine et en Afrique du Sud. L’idée générale est de faire le point sur le développement tel qu’il est vécu dans des régions différentes et de voir aussi quels nouveaux défis se présentent au niveau international mais qui ont une influence très forte sur la vie sur place. Comme par exemple tout le problème du changement climatique, le changement du prix de la nourriture, la manière dont la nourriture est produite, toutes ces questions de l’agro-industrie, de commercialisation etc…
C’est un sujet qui montre assez bien que les actions des uns influencent dans d’autres parts du monde. On se demande alors comment est-ce qu’on peut réagir d’une manière adaptée à ces défis de type international qui sont quand même un peu nouveau. On veut achever cela dans un dialogue parce qu’on se rend compte qu’on ne peut pas trouver des solutions à ces situations dans des pays individuels.
Il faut se mettre ensemble pour voir ce qu’il y a dans le développement tel que pratiqué qui ne va pas dans la bonne direction, qui ne mène pas à une bonne vie pour tous. Cette bonne vie pour tous, c’est un peu la traduction du bien commun mondial qui se trouve dans le titre de nos dialogues. C’est à dire on veut mettre le développement à l’épreuve. Est-ce qu’il contribue à apporter une bonne vie pour tous et pour toutes ?


Inades-Formation : Pour vous on devrait donc prôner le « bien commun mondial » en remplacement au « développement » ?


Dr Stoll  : Le concept « bien commun mondial » n’est pas fait pour être « le nouveau modèle » et pour remplacer l’ancien modèle. Parce que justement, une partie de la critique envers le développement classique c’est que ce développement est fait comme le modèle qui devrait s’appliquer à tout le monde en tout le temps. Et le malaise qu’on a avec ce développement est justement qu’il ne respecte pas la pluralité, par exemple, des cultures différentes. Il ne serait pas bon de remplacer ce modèle par un nouveau « modèle » construit pour tout le monde, tout le pays, tout le temps.
Le bien commun mondial, c’est plutôt une question que l’on met au début des dialogues, c’est la question « comment est-ce qu’on peut mieux aboutir à établir une bonne vie pour tous et pour toutes ? ». Et ça implique aussi la question qu’est-ce que c’est que la bonne vie pour les communautés en Côte d’Ivoire, pour les hommes et les femmes dans les pays émergents comme la chine ou l’Indonésie, pour ceux des pays industrialisés ; et est-ce qu’on trouve des moyens pour que la bonne vie des uns ne contredise pas en effet la bonne vie des autres ?
La question c’est de donner l’espace à la pluralité des manières de trouver la bonne vie et de n’exclure personne, mais aussi dans une vision mondiale, c’est à dire regarder au-delà de sa propre communauté pour voir quels sont les effets de nos actions et nos décisions, de notre manière de pratiquer notre vie pour d’autres.
C’est pour ça qu’on dit bien commun qui est toujours lié à des communautés bien précises, comme les communautés rurales en Côte d’Ivoire, où les habitants des grandes villes, des pays industrialisés etc. tout en ayant un regard pour la situation globale, pour les autres communautés, pour les problèmes qui ne peuvent pas être résolus par des communautés ni même par des états individuels tels que le changement climatique. C’est pour ça qu’on parle de bien global qui n’est pas un modèle mais plutôt l’incitation d’un dialogue sur ce qu’est cette bonne vie et comment y arriver ?


Inades-Formation : Est-ce que les recherches scientifiques et dialogues civiques engagés depuis 2013, ont donné des pistes sur comment cela pourrait s’appliquer ?


Dr Stoll : Ce sont des questions qui se présentent, des questions spécifiques aux régions. Par exemple la tension entre tradition et modernité est un sujet qui est revenu dans tous les dialogues. Pour arriver à l’objectif dont on a parlé à savoir établir une bonne vie pour tous avec une vision globale, il faut s’adresser aussi à la question comment nos traditions et la modernité peuvent aller ensemble, d’une manière telle que la modernité telle que vécue, soit mise en question par nos traditions. Par exemple l’individualisme qui est une marque de la modernité peut être mis en question par les traditions qui sont plus liées à des communautés.
Il y a aussi d’autres sujets qui ont émergé des dialogues, tel que la démocratie. Puisque l’on dit que la définition du bien commun doit être faite au niveau des communautés, pas une seule définition pour toutes mais doit être faite et refaite, en même temps on doit se demander comment est-ce que cette définition se fait. Et là on arrive à la discussion au sujet de la démocratie. Qui va définir ce qu’est la bonne vie ? Tout le monde doit participer d’une manière transparente. Il faut donc définir le processus de démocratisation permanente. C’est un autre genre de démocratisation.
L’économie aussi est un sujet ou la question de la spiritualité aussi, une bonne vie pour tous a aussi beaucoup à voir avec nos manières de voir et de vivre, la relation avec la nature, avec les autres. Tout ça fait partie de la culture et aussi des valeurs.


Inades-Formation : N’est-ce pas un peu complexe tout cela ? Comment faire en sorte que toutes les communautés puissent être imprégnées de cette nouvelle manière de faire ? Quel rôle pour la société civile et comment est-ce que tout cela s’insère dans les travaux de l’ONU sur l’après OMD /2015 ?


Dr Stoll : D’un côté c’est vrai, c’est complexe, mais d’un autre côte, chacun des participants de ces dialogues et nous aussi chez Misereor, ns sommes déjà en train de travailler. Nous ne commençons par au niveau zero, c’est-à-dire on peut réfléchir sur la question comment est-ce que les apports qui ont été produits dans ces dialogues peuvent être contribué à poursuivre son propre travail, dans les sujets différents comme l’extraction des ressources naturelles, l’agro écologie, la lutte contre la corruption, etc.
Il y a des plans de travail déjà existants, on peut se demander en plus comment est-ce qu’on peut prendre en considération cette question de bien commun qui prenne aussi en compte cette perspective globale. Misereor tout comme les participants aux dialogues peuvent réfléchir à la question de donner des contributions dans les échanges/dialogues qui actuellement se font au niveau de l’ONU sur l’après 2015 sur le développement.
C’est dire que nous ne sommes pas seuls pour réfléchir sur ces questions.
Mais pour nous, ce qui manque dans tous ces débats qui se font, c’est plus de voix venant des pays du sud et aussi une meilleure articulation entre ces voix venant de différents cultures.
Ce qui se fait au niveau de l’ONU, c’est un grand appareil, de grandes consultations etc., à la fin on va arriver à des compromis, mais l’expérience montre que d’un côté c’est important mais ce n’est pas suffisant. Ça doit être accompagné par des initiatives de la société civile dans différentes parts du monde qui travaillent sans dépendre de l’ONU.


Interview réalisée par Achi Marcelle, Chargée de communication et relations publiques, Inades-Formation.


  
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